Ça ne va pas … ou les dommages directs de la peur de l’intimidation …

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Lorsque l’on voit son enfant dépérir, on se pose des questions en tant que parent … que faire, qui croire ? Voici le témoignage d’une maman qui a vécu l’intimidation à travers la vie de son fils … Avec la persévérance, l’écoute et la promesse à son fils de la phrase « je te crois », l’histoire heureusement se termine bien  !


Tourments, angoisses, pleurs, chagrins, tristesse, mais surtout la peur; cette peur qui habite chaque coin de mon cœur. Pendant près d’une année, sans jamais savoir vraiment par des mots, mais en sachant très bien dans mon cœur, je suis consciente et convaincue que ça ne va pas.

 

Intimidation – photo IStock

Je regarde ce fils de 13 ans; son regard vide, ses yeux baissés et ses paroles étourdissantes à me dire que «tout va bien …  Ne t’inquiète pas maman, ça va » … mais ça ne va pas.

Il ne parle que pour meubler le silence par peur que je lui pose des questions; ses notes chutent plus que considérablement. « Tout va bien » disent les professeurs. Mon fils revient de l’école avec des marques au visage, des « bleus » à l’estomac. « Je suis tombé dans les escaliers maman, ne t’inquiète pas, ça va ».

 

Mais au fond de moi, je sais que ça ne va pas.


Il se ferme de plus en plus et je suis inquiète, tellement inquiète que je suis souvent à l’école à interroger les éducateurs, les professeurs, les intervenants, le directeur leur mentionnant tour à tour que je suis très inquiète. Mon fils perd son sourire de jour en jour, il se referme de plus en plus. « Ne vous inquiétez pas madame, votre fils va bien ». Des images se bousculent dans ma tête, je sais que ça ne va pas.


L’argent de mon porte-feuilles et des objets appartenant à mon fils disparaissent régulièrement; il mange plus que d’habitude le matin, mais revient le ventre vide le soir. « J’ai assez de nourriture maman dans mon lunch, ne t’en fais pas, tout va bien » … mais je sais que ça ne va pas.


Des cigarettes disparaissent de la maison et se retrouve sur les lieux de l’école; suspension de trois jours pour avoir fait la contrebande de cigarettes. Mon fils a préféré absorber la suspension que de dire ce qui se passe; je ne reconnais plus mon fils !

« Où sont tes lunettes ? » « Je les ai perdues maman ». Son regard est toujours vide et ses paroles se confondent en excuse. « Je serai privé de cadeaux pour Noël et te rembourserai maman. Ça va aller » … mon cœur sait tellement que ça ne va pas !


Après Noël, mon grand gaillard de 13 ans me demande de lui faire l’école à la maison. « Je n’aime pas l’école maman, je ne comprends rien. Gardes-moi avec toi s’il te plaît ». Je refuse, je ne peux pas enseigner à mon fils … mais j’ai peur, j’ai tellement peur !


Le soir, je l’entends pleurer dans son lit et tard dans la nuit, je l’entends crier « NON, NON, NON ». Je passe des nuits entières à son chevet à pleurer en silence. Il se réveille les yeux bouffis et le regard absent. « Ça va maman, ne t’en fais pas, ça va » … mais je sais que ça ne va pas.

J’ai peur, j’ai tellement peur pour lui, pour sa vie ! J’ai peur de le retrouver pendu dans un casier, un garde-robe quelconque de la maison … j’ai peur, j’ai tellement peur !

Je recommunique avec les intervenants, les professeurs, la direction, les éducateurs. Je hurle mon désespoir : « Trouvez une solution, parce que je sais que ça ne va pas ! »

Plusieurs fois au cours de l’année scolaire, j’ai consulté son pédiatre qui lui, lui disait d’aller consulter : dépression, troubles alimentaires, trouble déficitaire de l’attention … mon fils refuse : « Je ne suis pas un fou maman, crois-moi ! » … mais j’ai peur mon fils !

Jusqu’au jour où … n’en pouvant plus – et que son professeur prenne l’agresseur en flagrant délit avec mon fils – mon fils m’a enfin parlé …tout d’un trait. J’ai reçu 7 mois d’agression dans un concentré de 3 heures. Il me parle des tortures subies de son agresseur, des coups de poing et de bâtons qu’il a endurés pendant plus de sept mois, des vols répétés qu’il a dû faire pour ne pas se faire battre davantage, des lunettes que l’agresseur lui avait volontairement brisées, des dîners qui lui a donné pendant qu’il s’abstenait de manger, de la tentative de noyade qu’il a dû subir et sans compter les agressions sexuelles. Mon fils a gardé le silence pendant sept longs mois.

Enfin, sorti de la noirceur nous entreprenons, mon fils, son père et moi, des démarches pour que tout ça cesse, maintenant ! Pour que tout ça ne puisse jamais se reproduire. Des appels logés au 9-1-1, une déposition en bonne et due forme, un interrogatoire en règle, l’arrêt de l’agresseur et une pause d’une semaine à l’école. Un soutien exceptionnel de la police, de la direction de l’école, des intervenants, des professeurs … mais aussi de la famille, des amis et de l’entourage … additionné au support et à l’accueil de la CAVAC. Tout se bouscule, tout va vite … trop vite !

Le soulagement entremêlé à la peur et l’angoisse, la culpabilité et la rage, la honte et le découragement, les pleurs et les cris … toutes ces émotions surgissent d’un trait dans mon cœur et demeure pendant plus d’une année. J’ai pendant plusieurs mois une colère immense et je prends du temps à retrouver une certaine paix intérieure et à redonner ma confiance en mon fils.

Une chose dont je suis certaine est ce que je ressens depuis plusieurs mois – cette petite voix qui me dit que « ça ne va pas » – aujourd’hui, je l’écoute et je m’appuie sur elle. Dans les moments de difficulté et d’angoisse, de joie et de bonheur, elle est toujours présente et ne me ment jamais !

 

Photo Julie & Marguerite

De dénoncer l’intimidateur a permis à mon fils de retrouver une certaine confiance en lui-même; malgré ses grandes difficultés scolaires, il a réussi au fil des années à mettre – tranquillement – ses limites et à dénoncer. Il a comprit qu’il pouvait faire confiance aux adultes autour de lui s’il prenait le temps de n

ommer les vraies choses, même avec la peur. 

Aujourd’hui,  mon enfant – devenu adulte – est merveilleux et commence … tranquillement … à avoir des projets de vie !

… et moi ? Ça va !!!

 

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Je remercie du plus profond de mon coeur cette maman qui m’a donné le droit de partager son histoire; “Pour que les parents entendent la détresse de leur enfant et pour que cesse cette violence gratuite et malsaine“.